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La France va-t-elle manquer d’agriculteurs ? Ce que disent vraiment les chiffres à l’horizon 2035

En France, une chose est en train de se produire sous nos yeux.
Une transformation lente, discrète… mais massive.
Une transformation qui touche directement ce que nous avons dans nos assiettes, notre souveraineté alimentaire, nos campagnes, nos paysages.

Cette transformation, c’est la chute du nombre d’agriculteurs.
Et contrairement à ce qu’on l’entend souvent, ce n’est pas une impression.
C’est un fait, documenté, vérifié, et lourd de conséquences.

Dans cet article, on décortique les vrais chiffres, ce qu’ils signifient, et pourquoi ce sujet n’est pas seulement “un sujet d’agriculteurs”.
C’est un sujet de société.


1. Où en est-on aujourd’hui ?

Les agriculteurs représentent moins de 2 % de la population active

Selon l’INSEE (2024), les agriculteurs exploitants représentent aujourd’hui 1,5 % des actifs en France, contre 7 % au début des années 1980.
C’est une baisse de près de 80 % en 40 ans.

Exploitations agricoles : –20 % en 10 ans

Selon le ministère de l’Agriculture, la France comptait :

  • 490 000 exploitations en 2010
  • 389 000 en 2020
  • Une projection autour de 350 000 en 2030 si la tendance se poursuit

(Source : Agreste, Recensement Agricole 2010 / 2020)

On perd environ 10 000 à 12 000 fermes par an.


2. Pourquoi cette baisse s’accélère ?

La réponse tient en un chiffre : 45 % des agriculteurs ont aujourd’hui plus de 50 ans (INSEE, 2023).
Et parmi eux, un sur trois a plus de 55 ans.

Autrement dit :
Nous allons vivre un “mur des départs à la retraite” dans la décennie à venir.

Combien vont partir d’ici 2035 ?

Selon l’étude France Stratégie / Conseil d’Orientation des Retraites (2023), environ :

  • 160 000 agriculteurs partiront à la retraite d’ici 2035.
  • Et seul un agriculteur sur deux est aujourd’hui remplacé lorsqu’il part (Inrae, 2022).

Si le taux de remplacement ne remonte pas, la France pourrait perdre 80 000 exploitants supplémentaires en 10 ans.

C’est colossal.


3. La grande question : qui va produire notre alimentation ?

La France importe déjà plus de fruits et légumes qu’elle n’en produit

Chiffres 2023 (ministère de l’Agriculture & FranceAgriMer) :

  • Nous importons 60 % des fruits consommés en France.
  • Nous importons 40 % des légumes consommés en France.
  • Pour le porc, la volaille, les pâtes, le miel, les conserves : le taux d’import augmente chaque année.

Bref : la France n’est plus autonome sur plusieurs catégories d’aliments.

Mais alors…
Si on continue à perdre des agriculteurs, où allons-nous ?


4. Est-ce que les jeunes veulent vraiment reprendre des fermes ?

On entend souvent :
“Les jeunes ne veulent plus être agriculteurs.”

C’est faux.
Et les chiffres le montrent.

65 % des 18–35 ans considèrent l’agriculture comme un métier “utile et important”

(Source : IFOP, 2023)

Mais alors, pourquoi ne viennent-ils pas ?

Selon une étude INRAE / CESE 2023 :
Voici les 4 freins majeurs (tous vérifiés et documentés) :

  1. Le coût d’installation
    Reprendre une exploitation = souvent 300 000 à 500 000 € minimum.
  2. La pression administrative
    Un agriculteur passe 15 à 20 % de son temps sur la paperasse.
  3. Le revenu trop faible et trop variable
    → Le revenu agricole médian 2022 : 1 280 € par mois (INSEE, 2023).
    → Certains secteurs montent bien, d’autres sont nettement en dessous.
  4. La difficulté d’accès aux terres
    Aujourd’hui, 70 % des terres vendues sont achetées par :
  • des structures déjà installées
  • des investisseurs
  • ou des agriculteurs cherchant à agrandir (source : SAFER 2023)

Un jeune qui démarre de zéro part avec un handicap massif.


5. 2035 : trois scénarios réalistes (sources : Inrae, France Stratégie)

Scénario 1 — On continue comme aujourd’hui (tendance actuelle)

Perte estimée : 80 000 exploitants
Conséquences :

  • Importations massives
  • Fermes plus grandes
  • Disparition rapide des petites fermes familiales
  • Moins de diversité des productions
  • Dépendance alimentaire historique

Scénario 2 — Rebond grâce à la transmission

Hypothèse : +20 % de jeunes installés
Résultat :
→ On stabilise le nombre d’exploitations autour de 350 000
→ On conserve une partie du tissu rural
→ On limite la dépendance alimentaire

Scénario 3 — Choc politique et économique majeur

Simplification, rémunération, accès aux terres
=> Retour à une installation pour 1 départ = 1 arrivée
=> On reste autour de 380 000 exploitations
=> Souveraineté alimentaire réelle

Ce scénario n’est pas impossible.
Mais il demande une vraie stratégie nationale.


6. Pourquoi ça nous concerne tous, même si on n’est pas agriculteur

Parce que tout ce que nous mangeons dépend d’eux.
Parce que nos paysages, nos campagnes, notre économie rurale, nos traditions culinaires, dépendent d’eux.
Parce que l’agriculture, ce n’est pas un “secteur” : c’est le secteur qui rend tous les autres possibles.

Quelques exemples concrets :

1. Le prix de l’alimentation

Moins d’agriculteurs = moins de production = plus d’importation = plus de dépendance = prix instables.

2. La qualité et la traçabilité

Importer + signifie souvent :

  • moins de contrôle
  • plus de distance
  • plus d’impact carbone
  • normes variables selon les pays

3. Les métiers autour de l’agriculture

1 agriculteur = 3 à 4 emplois indirects
(coopératives, vétérinaires, transport, agroalimentaire, machinisme).

4. Les paysages

Sans agriculteurs :

  • la moitié des paysages français changeraient
  • certaines zones seraient en friche
  • biodiversité bouleversée

7. Alors… est-ce qu’on va manquer d’agriculteurs ?

La réponse est simple :
Si on ne change rien, oui.
Et plus tôt qu’on ne le croit.

Mais cette réponse n’est pas une fatalité.
Car la tendance peut s’inverser.

Des signes montrent même que la société commence à réagir :

  • explosion des visites lors du Salon de l’Agriculture (+11 % en 2024)
  • hausse des reconversions agricoles (ENSA, CFPPA)
  • regain d’intérêt pour les circuits courts
  • politiques publiques de transmission (Loi d’orientation agricole 2024)

Le défi est immense.
Mais il est encore possible à relever.


8. Comment chacun peut contribuer, à son échelle

Pas besoin d’être agriculteur pour agir.

Voici des actions simples, concrètes :

1. Acheter local quand on peut

Marchés, fermes, drive fermier, magasins de producteurs.

2. Connaître les prix payés aux agriculteurs

Exemple : le prix du lait payé à l’éleveur (CNIEL publie les chiffres chaque mois).

3. Suivre, partager, soutenir des médias agricoles fiables

Agri-découverte, Interbev, Chambres d’agriculture, INRAE vulgarisé, etc.

4. Visiter des fermes

La moitié des fermes françaises ouvrent leurs portes à l’année (Bienvenue à la ferme).

5. Revaloriser l’image du métier

L’agriculture souffre plus d’un déficit d’image que d’un déficit d’utilité.


Conclusion : 2035 va tout changer — mais pas sans nous

Si on résume :

  • Le nombre d’agriculteurs baisse vite.
  • Un “mur des retraites” arrive.
  • Sans reprise, nous perdrons jusqu’à 80 000 agriculteurs.
  • Notre souveraineté alimentaire est directement liée à cette évolution.

Alors oui, la France peut manquer d’agriculteurs d’ici 2035.
Mais non, ce n’est pas écrit d’avance.

L’enjeu n’est pas agricole.
Il est national.
Et il commence par une question simple :

Veut-on encore produire ce que l’on mange ?

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